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La procrastination : ou l’art de laver sa cafetière pour éviter sa comptabilité

La procrastination… cette vieille amie toxique qui nous fait croire qu’on va «commencer dans cinq minutes » alors qu’on se retrouve, trois heures plus tard, à regarder des vidéos de ratons laveurs qui mangent des raisins.


Et pourtant, derrière les TikTok, les blagues et les commentaires du genre : « Je fonctionne mieux sous pression », il y a souvent quelque chose de beaucoup plus profond : de la culpabilité, de la dévalorisation… et parfois même une véritable souffrance intérieure.


La procrastination passive : quand le corps est figé sur le sofa


On la connaît bien, celle-là.


Tu es assis sur le sofa.


Ton cerveau te dit : « Je devrais vraiment faire ma comptabilité… ». Mais ton corps, lui, semble avoir fusionné avec les coussins du divan.


Alors tu scrolles... Tu regardes une vidéo... Puis une autre.


Puis soudainement, tu connais l’histoire complète d’un alpaga péruvien nommé coco adopté par une famille norvégienne.


Pendant ce temps, une partie de toi sait très bien qu’il y a quelque chose d’important à faire.


Et plus le temps passe… plus la culpabilité embarque.


Le problème, ce n’est pas la paresse.


C’est que ton système nerveux est en mode évitement. Parce que la tâche à accomplir déclenche quelque chose :

  • la peur d’échouer ;

  • la peur de mal faire ;

  • la pression intérieure ;

  • le doute de soi ;

  • la fatigue émotionnelle ;

  • la surcharge mentale ;

  • ou simplement… le découragement.


Alors le cerveau cherche un soulagement immédiat. Et le téléphone devient un anesthésiant émotionnel de poche.


La procrastination active : « Je n’ai rien fait aujourd’hui »


Ça, c’est la version sophistiquée de la procrastination. Et honnêtement… elle est traître, parce qu’on a l’impression d’être productif.


Aujourd’hui, c’est décidé : C’EST LE TEMPS DE LA COMPTABILITÉ.

Tu as pris du retard.


Tu ne veux pas payer de pénalités.


Tu te motives.


OK. Go.


Tu t’habilles...


Mais tant qu’à faire, tu pourrais peut-être aller t’entraîner un peu avant.


Mais avant l’exercice, tu devrais manger.


Ah… il te faudrait un café.


Mais la machine à café est sale.


Bon.


Tu laves la machine.


Tant qu’à être là, tu nettoies aussi l’armoire.


Finalement, tu es rendu à t’habiller, mais tu réalises qu’il y a une brassée de

lavage à faire.


Et dans la salle de lavage, les chemises sont sèches !


Super... Tu peux les repasser et les ranger.


Mais la garde-robe est bordélique.


Alors tu fais le tri.


Puis tu te dis : « Pourquoi ne pas aller porter tout ça à la friperie ? »


Et comme la friperie est juste à côté de l’épicerie…


BOOM.


La journée est terminée et le soir venu, tu te dis : « My God… j’ai encore rien fait aujourd’hui. »


Alors qu’en réalité, tu as fait quatorze affaires.


Mais pas LA chose.


Et c’est là que la dévalorisation embarque.


Le dialogue intérieur devient alors digne d’un film classé 13 ans et plus pour langage grossier…


La procrastination n’est pas un problème de motivation


Pendant longtemps, on a cru que la procrastination était un problème :

  • de paresse ;

  • d’organisation ;

  • de discipline ;

  • ou de gestion du temps.


Mais en réalité, la procrastination est surtout un mécanisme de défense et une difficulté à gérer certaines émotions. Une tâche peut déclencher :

  • l’ennui ;

  • la peur du jugement ;

  • le perfectionnisme ;

  • la peur du changement ;

  • la peur de l’échec ;

  • ou même la peur du succès.


Parce que oui… réussir peut parfois faire encore plus peur qu’échouer.


Réussir, ça peut vouloir dire :

  • devenir visible ;

  • avoir plus de responsabilités ;

  • déranger l’équilibre familial ;

  • sortir du rôle qu’on nous a attribué ;

  • ou risquer d’être davantage critiqué.


Ce n’est pas la tâche que l’on fuit, c’est la douleur qu’on anticipe


Souvent, la personne qui procrastine ne fuit pas réellement la tâche. Elle fuit l’émotion qu’elle croit devoir ressentir en accomplissant cette tâche.


Le cerveau imagine alors toutes sortes de scénarios :

  • « Ça va être compliqué. »

  • « Je ne saurai pas par où commencer. »

  • « Je vais me sentir incompétent. »

  • « Je vais encore prendre du retard. »

  • « Je vais découvrir quelque chose que je n’ai pas envie de voir. »


Avant même d’avoir commencé, le système nerveux anticipe une souffrance. Et lorsqu’il perçoit une menace, même émotionnelle, il fait ce qu’il est conçu pour faire : NOUS PROTÉGER, nous éloigner du danger.


Le problème, c’est que le cerveau ne fait pas toujours la différence entre un lion qui nous poursuit et un fichier Excel de comptabilité. Dans les deux cas, il peut déclencher une réaction d’évitement.


Alors on remet à plus tard.


On se distrait.


On s’occupe autrement.


On trouve soudainement très urgent de nettoyer le réfrigérateur, d’organiser un tiroir ou de regarder une vidéo sur la fabrication artisanale des cuillères en bois dans un petit village de Scandinavie.


Pourtant, lorsqu’on finit enfin par faire la tâche, on réalise souvent quelque chose d’étonnant... Ce n’était pas aussi terrible que ce que notre cerveau avait imaginé.

En réalité, la souffrance se trouve souvent davantage dans les jours, les semaines ou les mois passés à éviter la tâche que dans la tâche elle-même.


L’anticipation est parfois plus douloureuse que l’action.


Et c’est là l’un des grands pièges de la procrastination : elle nous promet un soulagement immédiat, mais nous livre souvent davantage de stress, de culpabilité et de pression à long terme.


Après tout, la comptabilité n’a jamais réellement mangé personne.


Contrairement au monstre imaginaire que notre cerveau crée lorsqu’il la voit apparaître sur notre liste de choses à faire.


L’auto-sabotage : le garde du corps un peu trop intense


La procrastination est une forme d’auto-sabotage.


Mais l’auto-sabotage va encore plus loin.


C’est un mécanisme inconscient qui nous empêche d’avancer vers ce que l’on désire réellement. Pas parce que nous ne le méritons pas, mais parce qu’une partie de notre cerveau perçoit le changement comme un danger. Le système nerveux préfère souvent un inconfort connu à un bonheur inconnu.


Même lorsque notre situation actuelle nous fait souffrir, nouveau égal danger…


C’est pour cette raison qu’on peut :

  • repousser une opportunité ;

  • saboter une relation ;

  • abandonner un projet important ;

  • procrastiner de façon chronique ;

  • ou toujours attendre « le bon moment ».


Parfois, derrière la procrastination chronique se cachent des croyances profondes :

  • « Je ne suis pas à la hauteur. »

  • « Je vais échouer. »

  • « Je vais être jugé. »

  • « Je ne mérite pas de réussir. »

  • ou même : « Si je réussis, ma vie va changer et cela me fait peur. »


Car réussir n’apporte pas seulement des avantages... Réussir peut aussi nous obliger à sortir de notre zone de confort, à prendre plus de place, à être davantage vus et parfois davantage critiqués.


Et si la procrastination commençait avant même notre naissance ?


Certaines approches en psychologie transgénérationnelle ou en mémoire biologique explorent une idée fascinante. Et si notre rapport au « plus tard » s’était imprimé très tôt dans notre histoire ?

Par exemple :

  • une grossesse non prévue ;

  • une conception remise à plus tard ;

  • une naissance retardée ;

  • un événement important suspendu à cause de notre arrivée ;

  • une mère vivant beaucoup de stress pendant la grossesse ;

  • ou un contexte où notre existence semblait compliquer les choses.


Imagine recevoir inconsciemment le message :


« Ce n’est pas le bon moment. » Ou encore : « On verra plus tard. »


Même sans mots, le système nerveux peut enregistrer une sensation d’attente, de report ou de frein.


Bien sûr, cela ne signifie pas que toute procrastination vient de là. Mais ces pistes peuvent parfois offrir un éclairage intéressant sur certains schémas répétitifs qui semblent nous suivre depuis toujours.


La vérité qu’on oublie souvent


La procrastination n’est pas une preuve que tu es paresseux, lâche ou incapable.

Bien souvent, c’est plutôt le signe qu’une partie de toi tente maladroitement de te protéger.


Ton cerveau croit éviter une souffrance.


Mais ce faisant, il crée souvent encore plus de stress, de culpabilité et de pression.

Le problème, c’est qu’une protection à court terme peut devenir une prison à long terme.


Alors… qu’est-ce qu’on fait ?


Pas besoin de devenir une machine de productivité toxique. Mais peut-être commencer par :

  • arrêter de se traiter comme un échec ;

  • comprendre ce qui déclenche l’évitement ;

  • fractionner les tâches en petites étapes ;

  • diminuer la pression ;

  • accepter l’imperfection ;

  • apprendre à rassurer son système nerveux plutôt qu’à le brutaliser.


Parce que parfois…


Le plus grand acte de courage, ce n’est pas de tout réussir. C’est simplement d’ouvrir les livres de comptabilité.


Même juste cinq minutes.


Et souvent, ces cinq minutes sont suffisantes pour rappeler à notre cerveau que le danger n’était finalement qu’une illusion.

 

 
 
 

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