Malgré tous mes efforts, je n’ai jamais réussi à gérer Dame Nature
Je suis la reine du contrôle.
Enfin… j’étais la reine du contrôle.
Je planifiais tout. Tout. Tout. Toute toute toute…
Les horaires, les détails, les plans B, les plans C… et probablement un plan D au cas où le plan C déciderait lui aussi de prendre des vacances.
J’aimais savoir où je m’en allais, comment ça va se passer et, idéalement, que tout le monde respecte le scénario que j’avais soigneusement préparé dans ma tête.
Bien avant d’avoir des enfants, on faisait déjà du camping : sac à dos, bouffe sèche, 7 km dans le bois, avec pas de toilette, des ours pis ben des maringouins…
Et j’ai rapidement compris quelque chose de très important :
Je ne peux pas contrôler Dame Nature.
J’ai beau planifier des vacances parfaites, choisir la meilleure date, vérifier la météo 14 fois avant de partir…
À un moment donné, les nuages font exactement ce qu’ils veulent. Et tu te réveilles sous 60 cm de neige… au mois de juillet! (preuves à l’appuie)
C’est pour ça qu’aujourd’hui, il existe même une règle assez simple dans notre famille:
Ne jamais se fier à Météo Menteur… heuuu… MétéoMédia.
Parce que si on attend après elle, si on attend que tout soit parfait…
Ben, on ne ferait jamais rien!
Alors on part.
Et s’il pleut?
J’ai prévu nos bottes et nos imperméables.
S’il pleut encore demain?
J’ai l’abri, les bâches et les jeux de table…
Et si vraiment Dame Nature décide de nous donner une bonne douche?
Ben, on dansera sous la pluie… Parce qu’on n’y peut rien, aussi bien avoir du fun!
Parce que c’est là notre réel pouvoir…
Le contrôle comme mécanisme de défense
Avoir le besoin de tout contrôler peut être un mécanisme de défense : une façon pour notre cerveau de tenter de nous protéger de ce qu’il perçoit comme une menace.
Parce que derrière le besoin de tout prévoir, tout organiser ou tout vérifier, il y a souvent des peurs.
Peur de perdre quelque chose.
Peur de se tromper, de ne pas être parfait.
Peur de décevoir.
Peur de ne pas être à la hauteur.
Peur de ne pas savoir quoi faire si les choses ne se passent pas comme prévu.
Alors notre cerveau trouve une solution : contrôler tous ce qui est en jeux dans ce scénario.
Et ça peut prendre toutes sortes de formes :
Vouloir toujours savoir ce qui va arriver;
Avoir de la difficulté avec les changements de dernière minute;
Refaire les choses parce que « ce sera mieux si je le fais moi-même »;
Avoir besoin que les autres fassent les choses comme nous;
Multiplier les listes, les vérifications et les scénarios;
Avoir de la difficulté à déléguer;
Vouloir régler un problème avant même qu’il existe;
Avoir beaucoup de difficulté à accepter qu’une situation échappe à notre influence.
Sur le coup, ça peut donner une impression de sécurité, voir même l’impression d’être une personne responsable puisque : « Si je contrôle, je vais éviter les problèmes. »
Le hic?
La vie n’a jamais signé ce contrat.
Et plus on cherche à contrôler le résultat d’un future qui n’existe pas encore, plus on risque de devenir frustré, déçu et épuisé.
Parce qu’on essaie alors de gérer non seulement nos actions, mais aussi les réactions des autres, les circonstances… et parfois même la météo.
Avoir une vision sans s’accrocher au scénario
Il y a une grande différence entre avoir une vision de ce qu’on aimerait vivre et avoir des attentes précises de la façon dont ça doit se passer.
Je peux savoir ce que j’aimerais.
Je peux avoir des préférences.
Je peux faire un plan en fonction de ce qui me ferait plaisir.
Je peux même avoir une idée assez claire de la direction que j’aimerais prendre.
La différence se trouve dans l’espace que je laisse entre mon désir et le résultat.
Par exemple :
« J’aimerais passer de belles vacances au soleil. »
C’est une préférence. Alors je choisis ma destination, je réserve, je prépare mes choses et je pars. Mais si j’arrive et qu’il pleut trois jours sur quatre…
Mon plan n’a pas besoin de devenir une catastrophe nationale. 😂
Je peux m’adapter.
Chercher autre chose à faire.
Changer mon programme.
Découvrir un endroit que je n’aurais jamais visité si le soleil avait été au rendez-vous. Parce que lorsque j’ai une vision, je peux avancer sur une route qui ce dessine au rythme de mes pas…
Mais lorsqu’on a des attentes, c’est souvent beaucoup plus rigide.
« Ça doit se passer EXACTEMENT comme ça. »
Et si ça ne se passe pas comme prévu?
C’est la panique, la frustration qui embarque, on cherche ce qui a mal tourné, on veut comprendre et retourner au scénario original au plus vite. Mais pendant qu’on s’occupe à essayer de remettre la vie sur les rails qu’on lui avait tracés…
On risque de ne même pas voir la beauté de ce qui se déroule sous notre nez.
Pas nécessairement mieux.
Pas nécessairement pire.
Juste… différent.
Mais encore faut-il avoir suffisamment d’espace pour regarder la beauté des multiples possibilités mis sur notre chemin.
Le lâcher-prise… dequessé?
On entend ça partout : ‘’ va falloir que tu lâche prise’’, mais ce n’est pas toujours facile quand on ne sait pas exactement ce qu’on est censé lâcher! 😅
Le lâcher-prise ce n’est pas arrêter d’agir, il ne s'agit ni de passivité, ni de résignation, ni d'abandon de ses objectifs de vie. C'est cesser de lutter contre des faits inévitables ou des éléments que l'on ne peut pas changer. C’est faire de son mieux ici et maintenant, avec ce que nous savons, ce que nous avons et ce que nous pouvons faire… puis accepter le résultat qui en découlera.
Même lorsqu’il n’est pas celui qu’on aurait préféré.
Parce que prendre notre responsabilité, ce n’est pas garantir un résultat. C’est pouvoir se dire : « J’ai fait de mon mieux avec ce que j’avais entre les mains. Maintenant, je compose avec ce qui est là. »
Avoir une vision, oui.
Avoir des préférences, bien sûr.
Faire des plans, absolument.
Mais sans transformer nos attentes en conditions obligatoires à notre bonheur et notre paix intérieur.
Parce que plus nos attentes sont rigides, plus les déceptions sont grandes lorsque la vie décide de prendre un autre chemin.
Le lâcher-prise, ce n’est donc pas ne plus rien faire.
C’est faire ce qui nous appartient aujourd’hui… sans exiger de savoir comment demain doit se dérouler.
Et si le contrôle était un ami d'enfance qu'on devait laisser aller?
Parce qu’au fond, notre besoin de contrôle vient souvent de là : ne pas savoir ce que demain nous réserve.
L’incertitude du futur, vécue dans l’enfance, lorsque notre sentiment de sécurité est mis à l’épreuve à répétition. Quand on grandit dans un milieu chaotique, quand nos repères ne sont pas stables et qu’on se réveille sans savoir ce que le nouveau jour nous apportera comme réalité.
Quand on ne sait pas sur quel pied danser pour composer avec l’humeur changeante d’un parent…
À force d’imprévisibilité, le cerveau peut finir par faire un drôle de calcul :
« Dans toute cette incertitude, je vais essayer de contrôler tout ce que je peux. »
Et ce qui était au départ une façon de retrouver un peu de sécurité, un peu de paix intérieure, peut vite devenir une habitude bien ancrée.
Prévoir.
Vérifier.
Organiser.
Anticiper.
Faire des scénarios.
Vouloir savoir d’avance comment les choses vont se passer.
Le contrôle n’est donc pas nécessairement notre ennemi. Il a simplement été, à un moment de notre histoire, un très bon ami qui nous aidait à nous sentir un peu plus en sécurité, un peu plus en contrôle de notre réalité. Mais un ami à qui il est probablement temps de dire aurevoir. Parce que comme bien des mécanismes de défense qui se sont installés pour nous protéger, il peut continuer à faire son travail bien longtemps après que le besoin réel soit passé.
Alors peut-être que maintenant, on peut apprendre à faire autrement…
Vivre le moment présent puisque c’est le seul qui existe vraiment.
Laisser un peu de place à ce qu’on n’avait pas prévu.
Laisser la vie nous surprendre.
Accepter l’imperfection.
Faire de notre mieux avec ce qui est entre nos mains…
Et surtout apprendre à danser sous la pluie!
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