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Mettre ses limites : et si le plus difficile était de se choisir?

Sep 16
6 min read

Dans une relation où chacun possède une certaine autonomie affective, il est possible de se parler avec ouverture, de nommer ce qui nous dérange et d'écouter ce que l'autre vit, sans que cela devienne immédiatement une menace pour la relation.


Lorsqu'une personne que nous aimons nous dit : « Ce comportement me fait du mal » ou « Cette façon de faire me dérange », nous pouvons choisir d'entendre ce qu'elle nous partage, de nous questionner et, lorsque cela fait sens pour nous, d'ajuster notre façon d'agir. Parce que nous tenons à la relation, parce que nous aimons l'autre et parce que nous avons nous-mêmes le désir d'évoluer.


Mais cette capacité n'est pas présente chez tout le monde.


Certaines personnes ont davantage de difficulté à entendre qu'un de leurs comportements puisse avoir un impact sur l'autre. Elles peuvent se sentir attaquées, jugées, rejetées ou contrôlées dès qu'on leur exprime un besoin ou un inconfort. D'autres n'ont tout simplement pas la capacité ou la maturité émotionnelle nécessaire pour remettre certains de leurs comportements en question.


Et c'est là que la notion de limite devient importante.


Parce qu'une limite ne sert pas à convaincre l'autre de changer. Elle ne sert pas non plus à lui imposer notre façon de voir les choses.


Elle devient nécessaire lorsque, malgré la communication, l'écoute ou les discussions, une situation continue de dépasser ce que nous sommes prêts à accepter.


« Arrête de me parler comme ça. »

« Tu n'as pas le droit de me répondre comme ça. »

« Si tu m'aimais vraiment, tu changerais. »


On entend souvent ce genre de phrases lorsqu'on parle de mettre ses limites. Pourtant, une limite ne consiste pas à demander à l'autre de changer. Lorsqu'on agit ainsi, on place notre bien-être entre les mains de l'autre, en espérant que son comportement nous apporte enfin la paix ou le respect dont nous avons besoin.


Ne trouvez-vous pas que c'est beaucoup de pouvoir à confier au bon vouloir de quelqu'un d'autre?



Une véritable limite consiste plutôt à reprendre cette responsabilité et à choisir ce que moi, je vais faire selon mes besoins et mes valeurs.


La nuance est énorme.


Une limite est supposée parler de moi


Une limite est une décision que nous prenons pour protéger notre bien-être, nos valeurs ou nos besoins.

Par exemple :

  • Si tu cries, je vais mettre fin à la conversation en quittant la pièce.

  • Si tu arrives constamment en retard, je n’attendrai plus.

  • Si je ne me sens pas respecté, je vais prendre de la distance.


Mais il y a une nuance importante : il faut aussi choisir une limite que l’on est capable d’appliquer.


Il ne sert à rien de poser une limite qui dépasse complètement notre capacité actuelle à passer à l’action. Il est possible de savoir ce que l’on aimerait faire, tout en étant encore trop inquiet, trop attaché, trop culpabilisé ou trop peu sûr de soi pour réellement le faire.


Une limite peut donc être souple afin d’évoluer à notre rhytme.


Au début, il peut être possible de simplement nommer ce qui dérange. Puis, avec le temps, d’apprendre à se retirer d’une conversation, à dire non, à prendre de la distance ou à poser une conséquence que l’on est réellement prêt à assumer.


À force d’expérimenter, l’assurance peut grandir, les peurs peuvent diminuer et la capacité à se choisir peut devenir plus grande. La limite peut alors changer, non pas parce qu’elle était fausse au départ, mais parce que la personne a évolué.


Nous ne cherchons pas à obliger l’autre à changer; nous lui laissons le droit d’agir comme il le souhaite. Mais, en contrepartie, nous nous donnons aussi le droit de choisir ce que nous faisons en réponse à son comportement.


C’est là toute la différence.


Une règle cherche à contrôler l'autre


Une règle ressemble davantage à un ordre, à une exigence :


  • Tu ne peux pas me parler de cette façon.

  • Tu n'as pas le droit de...

  • C’est inacceptable de… 


Bien sûr, les règles ont leur place. Que ce soit sur le plan familiale, en milieu de travail, dans un environnement scolaire et dans la société en générale, elles servent à faciliter la vie en groupe. Elles établissent un cadre commun afin que chacun sache ce qui est attendu, ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Sans un minimum de règles, il serait difficile de vivre tous ensemble de façon harmonieuse et cohérente.


Autrement dit, une règle cherche à organiser le vivre-ensemble. Une limite sert à préserver l'équilibre, les valeurs et les besoins de la personne qui la pose. 


Mais dans nos relations personnelles, nous oublions parfois que nous n'avons pas le pouvoir de contrôler les autres.


Nous avons heureusement le pouvoir de choisir la façon dont nous allons réagir à une situation qui nous dérange.

 

Les attentes : un piège bien humain


Nous avons tous des attentes. C'est normal. Nous aimerions être respectés, écoutés, considérés, soutenus ou traités avec bienveillance. Le problème n'est pas d'avoir des attentes, mais de croire que l'autre les connaît ou les partage automatiquement.


Souvent, nos attentes demeurent silencieuses. Nous espérons que l'autre devinera nos besoins, comprendra nos valeurs ou agira naturellement comme nous l'aurions fait. Lorsqu'il ne répond pas à ces attentes, nous ressentons de la déception, de la frustration, parfois même un sentiment de rejet.


Pourtant, l'autre ne lit pas dans nos pensées. Il agit selon son histoire, ses valeurs, son éducation et sa façon de voir le monde. Ce qui nous semble évident ne l'est pas nécessairement pour lui.


Les attentes non exprimées deviennent alors des déceptions prévisibles. Nous reprochons parfois à l'autre de ne pas avoir répondu à un besoin dont il ignorait complètement l’existence.


Apprendre à se nommer, c'est souvent transformer une attente implicite en une communication claire. Au lieu d'espérer que l'autre change spontanément, nous exprimons ce qui est important pour nous et nous décidons de la façon dont nous prendrons soin de nous si la situation se reproduit.


Pourquoi est-ce si difficile de se nommer?


Pour plusieurs personnes, le défi n'est pas de savoir où se trouve leur limite. Le véritable défi est d'oser l'exprimer.


Pourquoi? Parce que, pour le cerveau, se nommer peut être perçu comme un risque.


Si, dans notre histoire, exprimer nos besoins a mené à des critiques, du rejet, des conflits ou de l'abandon, le cerveau enregistre qu'il est plus sécuritaire de se taire, de s'adapter ou de faire plaisir. Ce n'est pas un manque de volonté. C'est une stratégie de protection qui a souvent été très utile à un certain moment de notre vie.


Derrière la difficulté à poser une limite se cachent fréquemment des peurs comme :


  • Peur de déplaire.

  • Peur d'être rejeté.

  • Peur d'être abandonné.

  • Peur du conflit.

  • Peur de paraître égoïste.

  • Peur de perdre l'amour ou l'approbation de l'autre.

  • Dépendance affective.

  • Croyance que les besoins des autres sont plus importants que les miens.


Le cerveau peut alors conclure :


« Si je me nomme, je risque de perdre le lien. »


Pour éviter cette souffrance, le cerveau met en place des mécanismes de protection. Certaines personnes se suradaptent et disent toujours oui. D'autres évitent les discussions difficiles, se taisent, minimisent leurs besoins ou finissent par exploser après avoir tout gardé à l'intérieur.


Apprendre à mettre des limites ne consiste donc pas seulement à apprendre à dire non. C'est aussi apprendre à rassurer son cerveau qu'il est aujourd'hui possible de se nommer, d'exprimer ses besoins et de préserver la relation… ou d'accepter que certaines relations ne puissent survivre à l'authenticité.


Pour mettre une limite, il faut d'abord se connaître


Comment savoir où se situe nos limites si l'on ne sait pas vraiment ce qui est important pour soi?  Mettre une limite demande d'abord de se connaître.


  • Qu'est-ce qui est acceptable pour moi?

  • De quoi ai-je réellement besoin?

  • Quelles sont les valeurs que je souhaite protéger?

  • À partir de quel moment ai-je le sentiment de ne plus me respecter?


Ces réponses sont propres à chacun. Une même situation pourra être tout à fait acceptable pour une personne et profondément inconfortable pour une autre. Il n'existe donc pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Il existe des limites qui sont cohérentes avec qui nous sommes.


Plus nous apprenons à nous connaître, plus nos limites deviennent naturelles. Elles ne sont plus dictées par la colère, la frustration ou l'accumulation de non-dits. Elles deviennent une façon simple et respectueuse d’être soi-même.


Une limite est un acte de responsabilité


Mettre une limite ne signifie pas devenir froid, rigide ou égoïste. C'est reconnaître que chacun est responsable de ses propres comportements, de ses propres choix et de ses propres réactions.


Je ne peux pas choisir les gestes, les paroles ou les décisions de l'autre. En revanche, je peux choisir ce que j'accepte, ce que je refuse et la façon dont je réagirai lorsqu’une situation ne respecte pas mes besoins ou mes valeurs.


Une limite n'est jamais une menace ni une punition.


C'est une décision personnelle.


Elle ne cherche pas à faire changer l'autre; elle définit simplement ce que je ferai si une situation se présente.


Une limite ne dit pas où l'autre doit s'arrêter.


Elle dit où, moi, je choisis de dire : ‘’C’est assez.’’

 

 
 
 

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